Ces féeries profanes invitent celui qui en reçoit la lumière à un voyage dans les profondeurs du temps et de son âme où se reflète l'univers en son entier. Elles rassemblent les poèmes pensifs et pensées poétiques d'un poète aux prises avec son siècle, Julien Miavril. Métaphysique et politique y entrent en dialogue, poésie et philosophie s'y épousent, et le mystère éclot à chaque ligne sans avoir à se dévoiler. Sources et chemins, tout en partageant le secret de leur chant, convient le lecteur à une traversée dont il est le seul à connaitre la destination. En voici la première halte : "La nuit et le chaos font partie de moi. Je remonte au silence des étoiles. (...) Pour me trouver, je dois me chercher parmi les fleurs, les oiseaux, les champs et les villes, dans les actes, les mots et les pensées des hommes, dans la lumière du soleil et les ruines oubliées des mondes aujourd’hui disparus. Plus je grandis, moins je suis. Plus je me trouve, plus je me perds. Plus je m’éprouve, plus je vois que je suis fleur et oiseau et étoile et univers. Plus je me définis, moins j’ai de limites. Je déborde tout. Dans le fond je suis le même que Dieu. (...) Dans la nuit où sont nées les étoiles, j’ai commencé à me consteller d’être. Il n’y a pas un seul atome de la plus lointaine étoile qui ne participe à mon être." Fernando Pessoa – Anarquismo
13 Janvier 2017
De cette lucidité qui est la blessure la plus rapprochée du soleil, Artaud fut tout à la fois le dépositaire et le dispensateur. Et c'est pour avoir voulu revivifier chimiquement et alchimiquement les plus hautes manifestations de l'Esprit, qu'Artaud le Momo devint la proie sacrale des forces méphistophéliques. Ce qui ne l'a pas empêché de frapper son lecteur d'éclairs saillants. Tel celui-ci qui pourrait bien devenir ma devise alors qu'il évoque "une époque tragique entre toutes mais où personne n'est plus à la hauteur de la tragédie". Vivre à la hauteur de la tragédie, cela supposerait de vivre selon une loi et/ou une mesure qui veillent à l'équilibre de toutes les forces qui composent notre cosmos. De conquérir notre immortalité au terme d'une lutte avec les ombres qui prennent l'apparence des dieux. De se forger un destin en en filtrant les matériaux impurs. De ne plus distinguer l'art de la vie et la vie de la mort. Et peut-être de raviver les flammes au cœur de nos sanctuaires. Tout l'inverse en somme de ce spectacle désolant et faussement sacrificiel dans lequel nous enferme notre époque.