Ces féeries profanes invitent celui qui en reçoit la lumière à un voyage dans les profondeurs du temps et de son âme où se reflète l'univers en son entier. Elles rassemblent les poèmes pensifs et pensées poétiques d'un poète aux prises avec son siècle, Julien Miavril. Métaphysique et politique y entrent en dialogue, poésie et philosophie s'y épousent, et le mystère éclot à chaque ligne sans avoir à se dévoiler. Sources et chemins, tout en partageant le secret de leur chant, convient le lecteur à une traversée dont il est le seul à connaitre la destination. En voici la première halte : "La nuit et le chaos font partie de moi. Je remonte au silence des étoiles. (...) Pour me trouver, je dois me chercher parmi les fleurs, les oiseaux, les champs et les villes, dans les actes, les mots et les pensées des hommes, dans la lumière du soleil et les ruines oubliées des mondes aujourd’hui disparus. Plus je grandis, moins je suis. Plus je me trouve, plus je me perds. Plus je m’éprouve, plus je vois que je suis fleur et oiseau et étoile et univers. Plus je me définis, moins j’ai de limites. Je déborde tout. Dans le fond je suis le même que Dieu. (...) Dans la nuit où sont nées les étoiles, j’ai commencé à me consteller d’être. Il n’y a pas un seul atome de la plus lointaine étoile qui ne participe à mon être." Fernando Pessoa – Anarquismo
Je vis au milieu de mes contemporains comme le mécréant en sa taverne. Mon vin a la couleur du blasphème et l'odeur des crimes inavouables. Roi d'un pays ingouvernable, j'ai pour seul courtisan un étrange bossu né de l'union précoce d'un faune et d'une...
Ne renonçons jamais à creuser au plus clair de la voix. A faire de l'oiseau l'égal de tous les dieux et du chant, cette obscure clairière que le soleil convoite. Redonnons, obstinés, son éclat primitif à la nuit qui souverainement se courbe. Cessons de...
Certes nombreux sont celles et ceux qui vivent encore aujourd'hui comme si ils étaient en dehors de l'histoire ou, plus grave encore, comme si l'histoire ne leur appartenait pas; mais l'histoire, elle, est en marche : et de plus en plus d'hommes et de...
Mon âme palpite telle une colombe au fond du JourdainOui je tremble comme l'éclair en qui la nuit espèreSauras-tu rejoindre la demeure de ton PèreEt prendre essor sans jamais perdre ton chemin ?Ô Seigneur n'étais-je que fleur promise à ton jardin ? De...
Nous autres forçats intraitables,Inaptes au repos comme aux fersRescapés de plus d’une saison en enferFaisant moisson des fables les plus irrecevablesPour quelques miettes de ce pain avec lequel Christ nous affameÉgarés dans les coulisses d’un siècle...
Permets-moi, homme blanc, de traverser une dernière fois la plaineOù sans crainte encore paissent les chevaux ailés de mon peupleQue je foule une dernière fois de mes pieds nus cette terre souveraineA laquelle j’appartiens sans ne rien posséder, elle...
Par l’astre qui t’ensemence et gouverne ton coursPar le feu de la dévotion avec lequel il s’immolePar la source qui frémit depuis ton premier jourPar l’eau qui pénètre tous les corps et tous les solsPar les semences et les racines qui te parcourentPar...
Ce désert que j’étale en recouvrant les eauxPour toi nageuse sacrée que la lagune échauffeTu en es l’oasis fertile, ô proie de mon fléauEt pourtant de mon cœur je brûle toute l’étoffe Aquatile proie de mille bassins et d’autant de cachotsA peine tu remues...
Donne-nous du vin ! ô toi digne échanson qui exalte la beauté de l'Aimé sans connaître son visage !Ton vin fait la joie du libertin et le malheur de l'ascète dont l'âme n'a soif que des mirages de la vertu. Le premier accourt au temple et le second à...
Le souverain Je ne suis ni de ceux qui gouvernent, ni de ceux qui se laissent gouvernerJe règne sur un royaume inconquis dont j'ai moi-même fixé les limites Je ne suis ni de ceux qui renversent, ni de ceux qui se laissent renverserJ'ébranle pour mieux...
Fidèle à la nuit tu te dresses au milieu des flammesEn convoques les astres et joues des esprits le drameChaque bord de l'espace s'embrase au son de tes charmesEt ils te font allégeance les grands princes du vacarme Aux anges de lumière tu préfères les...
Se soumettre à ton joug te serait injure ; vouloir t'asservir, un blasphème. Tu règnes par ton irrévérence et par cette autorité démiurgique que nul ne conteste. Il te suffirait de remuer les lèvres pour provoquer une éclipse, et faire affront au soleil...
Enveloppe ton poème dans le linceul des jours absentsQue seul miroite l'éclat de ce qui sans retour a fui Arme ton poème du feu de l'éternelle séditionQu'il pulvérise les miradors que l'homme érigeTout autour des cités d'or de son salut Plonge ton poème...
J'écris pour tous les réprouvés, les damnés, les hérétiquesCeux dont l'histoire a effacé la mémoire, le visage et le nomCeux que les foules lynchent au son de : « Mort aux fanatiques ! »J'écris pour celui qui brise son poing contre la porte de sa prison...
Hymne : Toi qui rayonne de l'éclat impétueux Des profondeurs obscures de la Terre En ta chair y sont enfouis tous les secrets Toi qui depuis le commencement En somme, jusqu'au suprême terme Est le Roi d'une aube dont les mamelles fermes Regorgent de sève...
Ô Reine végétale pour qui je brûle toutes mes récoltes Entends mon chant au milieu des fumées qui s'élèvent Qu'il soit la modeste offrande qui illumine ton autel sacré Devant lequel je m'incline tel le chaste Tristan devant Yseult Tes mains contiennent...
De cette lucidité qui est la blessure la plus rapprochée du soleil, Artaud fut tout à la fois le dépositaire et le dispensateur. Et c'est pour avoir voulu reviv ifier chimiquement et alchimiquement les plus hautes manifestations de l'Esprit, qu'Artaud...
Il est la danse des longues nuits d'ivresse, le pas et l'empreinte La trace qui se dépose sur la terre où les morts butinent leur miel Son vin mûrit secrètement à l'ombre sacrée des plus hautes cimes Il est la soif légendaire, la lèvre qui flambe et l'extase...
Je veux mordre dans ta chair et y laisser toutes mes dentsGoûter à ce nectar d’ambroisie qui se déverse de ta boucheDe tes seins, de ton sexe abrasif et minéral comme à ce mielQui recouvre chacune des parcelles éruptives de ta peauOui ! fouette ma verge...
Le monde te parcourtToi qui n'es que fond sans combleVaste fouillis d'énigmes Amas de cendres attestant la perteDe l'immémorial feu des originesEt ces pistesDéjà siennes bien que tiennesAu moment même où tu les fraiesEn murmurant le secret de ta danse...
Rimbaud, pour qui s'en souvient, est celui qui affirme sans même avoir à se faire péremptoire que "Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même,...